Dialogue Interreligieux en Afrique de l'Ouest

 

Contribution du dialogue interreligieux à la pacification en Afrique de l’Ouest.

Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin

 

Etude réalisée par Camille KUYU, Nicolas KLINGELSCHMITT & Emile MOSELLY BATAMACK

 

Le dialogue interreligieux n’est pas seulement un dialogue entre les religions et/ou leurs spécialistes. En fait ce sont toujours des hommes qui dialoguent, non des institutions. C’est pourquoi il convient de distinguer entre différents niveaux de dialogue, notamment celui des leaders religieux, celui des spécialistes, et le dialogue au quotidien. Le dialogue interreligieuxpeut-être un dialogue entre théologiens ou entre responsables religieux, représentant leurs religions respectives. Les participants à ce type de dialogue cherchent à aboutir à des prises de position communes face à des événements ou des situations particulières ou encore sur des thèmes et des questions qu’ils ont en commun.

Le but que les participants désirent atteindre est la fin de la violence entre les croyants de diverses religions. Ils sont convaincus que toute religion aspire à la paix, et que la violence va à l’encontre de l’essence même de leur foi. Ils ont ainsi un terrain d’entente qui rend le dialogue fructueux.

Ces rencontres sont aussi un moyen pour chercher à guérir les blessures du passé et relire l’histoire de façon dynamique.Par ailleurs,de nombreux séminaires et colloques sont organisés sur le dialogue interreligieux. Les participants à ce type de dialogue sont le plus souvent de formation universitaire et parlent en connaissance de cause. Ils ne représentent pas pour autant les points de vue officiels des communautés ou Églises auxquelles ils appartiennent. Ce sont généralement des rencontres inter-religieuses qui se font entre personnes dites « intellectuelles » et donc capables d’une étude objective des faits et des traditions.

Enfin, il y a le dialogue au quotidien des hommes et des femmes dans leur vie de tous les jours. Il n’est pas fréquent qu’ils soulèvent des questions proprement religieuses. Ils communiquent plutôt sur les faits de la vie quotidienne. Ce qui est recherché dans ce type de dialogue c’est la connaissance de l’autre, non pas pour le convertir, mais pour s’enrichir de son expérience spirituelle. Le véritable dialogue ne cherche pas à imposer un point de vue, mais à découvrir les valeurs positives présentes dans la conviction de l’autre. Ce qui est recherché positivement est de créer des projets communs favorisant une intense collaboration. Le partage de soucis ou l’action entreprise ensemble favorisent un climat de coexistence pacifique.

 

L’objectif principal de cette étude, commandée par l’Association des Amis de Master Chin Kung, consiste à identifier et à évaluer les différentes initiatives de dialogues interreligieux passées ou en cours en Afrique de l’Ouest, précisément en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin, dans une perspective de les renforcer en efficacité et en cohérence.  

Les trois pays ont chacun des spécificités. Mais, ils ont en commun le fait d’avoir connu, chacun à sa manière, de graves crises sociopolitiques qui ont débouché sur des guerres (Côte d’Ivoire, Sénégal), ou des coups d’Etat (Bénin), ou encore sur des violences communautaires (Côte d’Ivoire). Des leaders religieux ont joué un rôle de premier plan pour le dénouement de ces crises, notamment lorsque l’instrumentalisation des religions à des fins politiques entraîne des violences communautaires.

Aujourd’hui, les trois pays connaissent un climat apaisé, et sont sur la voie de la stabilité économique et politique. Mais cela ne devrait pas occulter le fait qu’ils sont, comme la quasi-totalité des pays de l’Afrique de l’Ouest, sous la menace des extrémistes islamistes. La Côte d’Ivoire a été secouée par des attaques terroristes en 2016. Le Sénégal est réputé pour sa tolérance. Mais, des salafistes y sont de plus en plus présents, notamment dans des zones périphériques du pays, totalement délaissées par l’Etat et où les confréries sont peu insérées. Fort heureusement, les confréries soufies[1] font rempart contre les attaques terroristes. Aux portes du Bénin, vers la frontière nigériane, les menaces de Boko Haram sont réelles bien que maitrisées jusqu’à présent.

C’est dans ces contextes de relative stabilité et de menaces terroristes que des initiatives de prévention de conflits, de maintien de la paix ou encore de consolidation de la paix se multiplient. Ces initiatives, grandes ou petites, sont l’œuvre des institutions étatiques, des communautés religieuses, des autorités locales, des organisations de la société civile ou des individus. Elles mettent en évidence la nécessité de dialoguer pour bâtir la paix. Quelle est la pertinence du dialogue interreligieux comme mode de prévention et de régulation des conflits ? Quels sont les impacts des initiatives et expériences de dialogue interreligieux observées en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin ? Quelle est la viabilité de ces initiatives ? Quel a été le rôle des leaders religieux dans le dénouement de certaines crises ? Quelles bonnes pratiques retenir en vue d’éventuelles transpositions dans d’autres régions d’Afrique ou du monde ? Toutes ces questions sont au cœur de cette étude.

Le présent rapport comporte trois parties. La première porte sur le dialogue interreligieux en Côte d’Ivoire. Les deux parties suivantes sont consacrées à la même problématique respectivement au Sénégal et au Bénin.

 

Rapport d'étude complet : IAM - Etude Mediation des conflits et pacification.pdf