Terrorisme et contre-terrorisme en Afrique centrale: quelle vision stratégique pour le Tchad et le Cameroun ?

Cette note a été publiée dans l’Observatoire pluriannuel des enjeux sociopolitiques et sécuritaires en Afrique Equatoriale et dans les Îles du Golfe de Guinée, Groupe de Recherche et d’Information sur la paix et la Sécurité (GRIP), 22 janvier 2015.

Note d’analyse 
Par Germain–Herve MBIA, Chargé du programme Gouvernance, paix et sécurité à l’Institut Afrique Monde (IAM)

Introduction

Au cours de ces dix dernières années, le terrorisme s’est imposé parmi les préoccupations sécuritaires en Afrique centrale. Pourtant, cette menace ne fait pas encore l’objet d’une définition consensuelle et opératoire. Son appréhension reste sujette à diverses interprétations, comme le démontre notamment la vive querelle qui a opposé, au Cameroun, partisans et adversaires d’un texte de loi portant sur la répression du terrorisme, voté par l’assemblée nationale le 4 décembre et promulgué par le chef de l’État camerounais le 23 décembre 2014.

Dans le cadre de la présente note, nous nous fonderons principalement sur les éléments de définition suggérés par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ainsi donc, peut être qualifié de terroriste, « tout acte […] commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non-combattants, qui a pour objet, par sa nature ou son contexte, d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire ».

Les facteurs contribuant à l’émergence des mouvements terroristes seront évoqués tout au long de ce propos, dans la mesure où ils constituent les clés de compréhension des actes de violence terroriste, et peuvent également inspirer des pistes de réponse aux problèmes que pose le terrorisme.

La récurrence et l’aggravation des actes terroristes dans la sous-région ont motivé nombre de rencontres de chefs d’État, dont le « Sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria », tenu le 17 mai 2014. Cette rencontre a traité, pour l’essentiel, de l’existence et des actions du groupe terroriste nigérian Boko Haram. Elle a abordé également la dimension sous-régionale de ce phénomène, le groupe se singularisant par le déplacement de ses actions vers les frontières du Cameroun, du Niger, et menaçant l’intégrité territoriale du Tchad. Le chef de l’État camerounais annoncera d’ailleurs l’entrée de son pays en guerre contre Boko Haram, pendant ces assises.

Boko Haram apparait en 2002 au Nigeria, dans certains États du Nord-Est (Yobe, Adamawa et Borno), frontaliers du Cameroun, du Tchad et du Niger. S’il procède des dynamiques sociopolitiques nigérianes, le groupe n’en étend pas moins de manière progressive sa présence et son influence dans certaines localités des pays voisins, en exploitant la continuité socioculturelle des régions limitrophes (langues, coutumes et pratiques religieuses sont similaires).

Il n’ignore pas non plus la porosité des frontières, qui donne lieu à d’incessants mouvements transfrontaliers difficiles à contrôler par les administrations d’États. Dès 2009, de par la violence de ses actions au Nigeria, le groupe Boko Haram s’impose comme l’un des principaux facteurs d’instabilité sociale et politique. Ceci conduira le président nigérian Goodluck Jonathan à proclamer l’état d’urgence dans les trois États d’Adamawa, Borno et Yobe le 14 mai 2013. Le groupe acquiert une visibilité internationale par l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok au sud de l’État de Borno le 14 avril 2014, et proclame le 24 août 2014, l’instauration d’un califat à Gwoza, occupée militairement quelques jours plutôt . Boko Haram occupe par le fait même, un grand nombre de villages et villes du Nord-Est du Nigeria.

Le Tchad et le Cameroun subissent de manière assez différenciée l’activisme de Boko Haram. Les premières actions significatives que pose le groupe terroriste, au Cameroun, sont une série d’enlèvements de personnes d’origine étrangère, dès février 2013 . Cette série va culminer avec l’enlèvement d’une dizaine d’employés chinois d’une entreprise de travaux publics le 16 mai 2014 à Waza, suivi de celui de proches parents et de l’épouse d’un membre du gouvernement, ainsi que d’autres habitants de la localité de Kolofata le 27 juillet 2014. Le groupe commet aussi de manière régulière des massacres, dans des villages et villes frontaliers du Nigeria, à l’Extrême-Nord du Cameroun. Bien que les attaques contre le territoire tchadien ne soient pas – à ce jour – avérées, les actions violentes du groupe dans les régions proches du Nigeria et du Cameroun, perturbent cependant toute l’organisation sociale, économique et agricole des zones d’affrontements au pourtour du Lac Tchad.

Au Cameroun en particulier, un des effets en est le ralentissement des activités économiques dans les régions septentrionales, dont le développement est notamment lié à l’essor du tourisme. L’accroissement du nombre de réfugiés en provenance du Nigeria pèse aussi défavorablement sur les équilibres (sociétaux) déjà précaires dans cette partie du pays . La menace de Boko Haram questionne ainsi les capacités d’appréhension de la menace et de réaction des États de la sous-région face au défi du terrorisme. Elle met particulièrement à l’épreuve les dispositifs sécuritaires de ces États dans leur double fonction de préservation de la stabilité interne et de protection contre les menaces externes.

Les conclusions finales du Sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria ont pointé la nécessité d’une coopération à trois niveaux : bilatéral, multilatéral et international, alors que les réponses concertées des pays de la sous-région tardent à se concrétiser.

On peut aisément relier la « déclaration de guerre » du Cameroun contre Boko Haram à l’aggravation de la menace contre son intégrité territoriale, ainsi qu’à l’ensemble des conséquences (politiques et économiques notamment) provoquées par les agressions de ce groupe terroriste. Jusqu’en janvier 2015, le Tchad semblait avoir une perception différente du danger que constitue Boko Haram, en raison, probablement, de la quasi inviolabilité de ses frontières avec le Nigeria. Le pays n’est pourtant pas à l’abri d’autres menaces, provenant de ses frontières avec la RCA, la Libye, le Soudan et le Niger.

La conception et la mise en œuvre d’une doctrine sécuritaire adaptée aux différentes menaces – dont la menace terroriste –, restent ainsi tributaires de la trajectoire historique de chaque pays, ainsi que de ses caractéristiques structurelles. Nous évoquerons, dans la présente note, certains éléments des dynamiques internes, ainsi que l’influence des dynamiques sous-régionales et internationales, sur les doctrines sécuritaires de chacun des pays et les perspectives d’une doctrine sécuritaire antiterroriste.

 

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Pour aller plus loin.

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1 Comment

  1. Jame Zimerman26 mai 2020

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