CV de Denis Maugenest

Abidjan, le 15 décembre 2010

Né en 1938. Après ses études en droit, économie et sciences politiques, est admis à l’ENA (décembre 1961) qu’il n’intègre pas au retour d’Algérie et d’Allemagne : renonce à la haute fonction publique et entre dans la Compagnie de Jésus (jésuite) en 1963 – où il continue sa formation jusqu’en 1972. Sera docteur d’Etat et d’Eglise à Strasbourg en 1997, en théologie et sur travaux rassemblés sur le thème Problèmes de société, problèmes d’Eglise à la fin du 20ème siècle (ou : La foi par approximation).

A Paris (1975-1989) : codirige la revue « Cahiers de l’actualité religieuse et sociale » et un Institut d’Etudes Sociales de l’Université catholique de Paris qu’il transforme en Faculté de sciences économiques et sociales de plein exercice. Y reçoit des étudiants africains, de plus en plus nombreux,  ce qui lui donne l’idée de suggérer à la Compagnie de créer un enseignement supérieur analogue et d’excellence en Afrique Noire – au motif que l’avenir de l’Afrique n’est pas en Europe, et qu’il faut assurer un enseignement supérieur de qualité en Afrique même. Il reçoit du P. Général, en 1985, la mission d’y travailler lui-même. 

A Yaoundé, Cameroun (1989-2002) : crée, avec l’épiscopat catholique de la région, l’accord du pape Jean Paul II et du président Paul Biya, et le soutien de plusieurs partenaires financiers (Eglise catholique, France, Union européenne, fondations privées) et universitaires (dont Bordeaux IV) l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC). Sa Faculté de sciences sociales et de gestion (confiée aux Jésuites), son école de sciences infirmières (Yaoundé) et son Institut de sciences et techniques d’Afrique centrale (Pointe-Noire et Douala) en font aujourd’hui une référence universitaire en Afrique et dans l’ensemble de la communauté universitaire (vg. l’Institut d’Etudes Politiques de Paris).

A Abidjan, Côte d’Ivoire (depuis le 07 octobre 2002) : se voit confier la refondation de l’Institut africain pour le développement économique et social (INADES) créé en 1962 par les jésuites. Dans les circonstances de crise que connaît le pays, cet Institut est rebaptisé Centre de recherche et d’action pour la paix (CERAP)et devient centre de formations et de publications (dont « Débats – Courrier d’Afrique de l’Ouest »). Son Institut de la dignité et des droits humains (IDDH) est officiellement reconnu en octobre 2005 établissement privé ivoirien d’enseignement supérieur offrant des formations continues, trois DESS (en 18 mois) en droits de l’homme, en gestion des conflits et en développement durable, et (depuis 2008), comme Ecole de sciences morales et politiques d’Afrique de l’Ouest (ESMPAO), un master (en 2 ans) d’Ethique et Gouvernance. Membre de l’Agence Universitaire francophone.

A l’Ile Maurice : contribue, depuis juin 2009, à la création d’une structure universitaire, l’Institut Cardinal Jean Margeot,

Légion d’honneur française (chevalier en juillet 1997 ; officier en juillet 2010) 

Auteur notamment d’un ‘Discours social de l’Eglise catholique’ paru en 1984 (réédité et augmenté, 5ème édition 2009).

Denis MAUGENEST, sj

 

Remise des insignes de la Légion d’Honneur au Révérend Père Denis Maugenest le 1er octobre 2010

Par Jean-Marc Simon, Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire

Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir pour une heureuse circonstance puisqu’il s’agit d’honorer le Père Denis Maugenest, Directeur Général du CERAP.

Révérend Père Denis Maugenest,

Vous êtes un enfant du XVIème arrondissement de Paris où vous êtes né et avez grandi.

En 1955, à l’âge de 17 ans, vous obtenez votre baccalauréat « philosophie » après avoir effectué une brillante scolarité au Lycée Saint Louis de Gonzague, connu parfois aussi sous le nom de Franklin, en référence à la rue où il se situe. Collège de tradition ignacienne, comme il se devait, il se trouve être le dernier établissement ouvert à Paris par les jésuites en 1894. Un lieu d’éducation où l’on insiste sur la recherche de l’excellence personnelle.

Les Bons pères y déploreront votre indiscipline, marque d’un esprit libre et mature mais ils se montreront finalement indulgents vis-à-vis d’un élève qui collectionne les premiers prix !

Mais il y a peu de vrais parisiens et vous êtes en réalité issu d’une vieille famille du Bourbonnais, dont la notoriété remonte au XVIème siècle.

L’un de vos ancêtres, député de l’Allier après Thermidor, a soutenu Bonaparte le 18 Brumaire au Conseil des Cinq Cents. La Place François Maugenest à Montluçon en perpétue le souvenir.

L’un de vos grands-oncles était prêtre et franc maçon, une contradiction qui vous apparaît malicieuse plus qu’elle ne vous choque car vous savez que l’antinomie n’est qu’apparente entre maçonnerie et chrétienté qui partagent quelques valeurs et puisent des sources communes dans l’Ancien Testament et l’Evangile de Jean.

Ces illustrations familiales, dont vous êtes légitimement fier, un père à qui les souffrances endurées au cours des deux guerres mondiales ont conféré une certaine philosophie de la vie, et enfin une mère exigeante et affectueuse que vous perdrez trop tôt, ont façonné votre intelligence et votre caractère.

Après Saint-Louis de Gonzague, vous fréquentez la Faculté de Droit et de Sciences Economiques, puis l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. A 21 ans vous obtenez une maîtrise en sciences économiques et à 22 ans le diplôme de Sciences Politiques.

Fort de ces succès, vous préparez tout naturellement le concours d’entrée à l’École Nationale d’Administration, prestigieuse école à laquelle vous êtes admis à l’âge de 23 ans en décembre 1961.

Le service militaire obligatoire vous conduit alors comme élève-officier au 4ème Spahis marocain en Algérie à Cherchell puis en Allemagne au sein des Forces Françaises d’occupation.

De retour à Paris pour accomplir votre scolarité rue des Saint Pères aux côtés de camarades de promotion, tel que Lionel Jospin ou Ernest-Antoine Seillière, un événement majeur vient remettre en cause un plan de carrière qui s’annonçait brillant. Tel Claudel à Notre-Dame lors des vêpres de Noël 1886, Dieu s’impose à vous.

Sans doute le cheminement a-t-il été plus long, mais vous faites alors un choix et vous vous y tenez.

Vous quittez l’École Nationale d’Administration pour le noviciat de la Compagnie de Jésus.

Votre mère, qui nourrissait pour son fils unique de légitimes ambitions est consternée, votre père s’y résigne.

Le Directeur de l’ENA, François Gazin résume la situation « Vous quittez les grands corps de l’Etat pour les grands corps de l’Eglise. Vous avez la foi ».

En quittant la rue des Saints Pères, ce qui est tout de même une démarche singulière, vous n’abandonnez pas les études loin de là. Vous y entrez au contraire pour la vie !

Après le noviciat à Reims, vous poursuivez des études de philosophie au Château des Fontaines, un beau domaine occupé par les jésuites aux portes de Chantilly, dont la remarquable bibliothèque était connue de tous les chercheurs et de tous les érudits. Puis ce sera la préparation de la licence de théologie à Lyon de 1968 à 1971 jusqu’à votre ordination sacerdotale.

Prêtre à 33 ans, vous ressentez alors un besoin d’action et vous n’allez pas en manquer en région champenoise où vous allez vous consacrer aux plus démunis et aux exclus. Vous serez aumônier de prison, membre de la commission d’application des peines et vous participerez alors à la fondation du « Mouvement pour la Réinsertion sociale ».

En 1976, votre vocation universitaire s’affirme. A l’Institut Catholique de Paris vous transformez l’Institut des Sciences Sociales en Faculté de plein droit et en deviendrez le doyen.

Vous travaillez sous l’autorité bienveillante du recteur, Monseigneur Paul Poupard qui deviendra Cardinal et Ministre de la Culture de l’Eglise sous le pontificat de Jean-Paul II.

Durant cette période, vous êtes Directeur-adjoint des « Cahiers de l’Actualité Religieuse et Sociale » et vous participez à partir de Paris, à la création de l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Votre vocation africaine prend racine à cette époque.

Et en 1989, vous rejoignez l’Institut Catholique de Yaoundé, dont vous serez rapidement le vice-recteur. Vous y passerez treize années au cours desquelles vous trouverez le temps de terminer votre thèse et d’obtenir un Doctorat de Théologie de l’Université de Strasbourg.

Ces années, au cours desquelles vous avez du affronter tant de difficultés matérielles et morales pour mener à bien votre projet, ont été couronnées de succès mais aussi de vives déceptions. Attaché comme vous l’êtes au principe de la liberté de l’Université, vous entrez en opposition avec la hiérarchie catholique locale qui vous en tient rigueur et vous exclut de la visite de Jean-Paul II à Yaoundé en 1995.

Ce sera pour vous une véritable pénitence, conséquence sans doute de cet esprit rebelle que les jésuites de Franklin avaient déjà décelé quarante ans plus tôt mais qu’ils s’étaient quant à eux refusés à sanctionner !

Ce conflit vous conduit à quitter en 2002 le Cameroun où vous avez tant donné. Votre Supérieur vous désigne alors pour la Côte d’Ivoire où il s’agit de prendre en charge l’Institut Africain de Développement Economique et Social, l’INADES.

Vous arrivez à Abidjan au plus mauvais moment, trois semaines après le déclenchement de la rébellion du 19 septembre !

Vous vous demandez alors ce qu’allait pouvoir être votre action dans ce pays en voie de démantèlement. Mon prédécesseur ne vous a pas beaucoup encouragé alors mais vous allez tenir bon et vous saurez relever tous les défis.

Vous allez transformer l’INADES en Centre de Recherche et d’Action pour la Paix. L’actualité le commandait.

Ainsi est né le CERAP où vous allez ouvrir une importante activité d’édition dès 2003 et l’année suivante un Institut de la Dignité et des Droits Humains.

Pour vous, l’homme a toujours été au centre de toute chose.

Le CERAP est aujourd’hui un établissement d’enseignement supérieur de très grande qualité, reconnu par l’Etat et réputé bien au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire, dans tout l’espace francophone.

Plus de 150 étudiants peuvent d’ores et déjà y préparer trois DESS sur les droits de l’homme, la gestion des conflits ainsi que l’éthique économique et le développement durable. Véritable institut privé de sciences politiques pour l’Afrique de l’Ouest, il est appelé à se développer encore et pourra compter sur l’appui intellectuel et financier de la coopération française.

Cette remarquable activité universitaire qui a nécessité courage, détermination et volontarisme est aujourd’hui un irremplaçable succès qui, outre la Compagnie de Jésus, honore tout aussi bien l’Afrique et la Francophonie.

Je ne manquerai pas de rappeler aussi les très nombreuses publications dont vous avez été le promoteur et très souvent l’auteur, Père Maugenest, sur des sujets très divers, tels que le marxisme, la laïcité, la violence, l’engagement social de l’Eglise…

La France peut être fière de l’action menée par l’un de ses fils pour le rayonnement de ses principes et de sa pensée.

C’est la raison pour laquelle, après vous avoir nommé au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1997, le Gouvernement français a décidé de vous promouvoir au rang d’officier, distinction dont je vais maintenant avoir l’honneur de vous remettre les insignes.

« Denis MAUGENEST,

Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons OFFICIER de la Légion d’Honneur ».

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1 Comment

  1. Terry Fauls26 mai 2020

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