Note de Lecture: Aké, les années d’enfance (par Sharon Yapi)

Wolé Soyinka, Aké, les années d’enfance, Traduction préface d’Etienne Galle, GF Flammarion, Juin
2021.

Aké, les années d’enfance retrace l’enfance rythmée de l’écrivain dramaturge et Prix Nobel de
littérature Wolé Soyinka. Au travers d’un regard enfantin et innocent de Wolé transparaît une Afrique
en transition où se mêle famille, tradition et mutations de la société. La curiosité d’un enfant éveillé
qui s’ouvre au monde dépeint la vie au sein d’une famille chrétienne dans un environnement culturel
ancré dans ses traditions ancestrales et animistes. Son amour de la lecture et de la controverse hérité
de son père ainsi que sa connaissance des pratiques culturelles inculqué par son grand-père forge son
intérêt pour ce qui l’entoure et son habileté précoce à dénoncer les incohérences dans les actes
d’adultes. Plusieurs temps forts ont marqué le livre mais la révolution portée par les femmes du village
de Wolé est à plusieurs titres le plus significatif. Le jeune Wolé a assisté dès ses premières heures à la
formation du Syndicat des Femmes nigérianes qui d’une action volontaire et solidaire pris plus tard
l’ampleur d’un vaste mouvement de réclamation des droits au niveau national.
Des femmes engagées, motivées et décidées à améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs
congénères n’hésitant pas à déstabiliser les coutumes et remettre en cause les autorités coutumières
et coloniales. Cette révolution vue de l’intérieur met en lumière l’acuité et la valeur de la lutte des
femmes dans les colonies pas assez mis en relief mais qui a définitivement été un maillon essentiel
pour l’obtention de la suppression des abus coloniaux en Afrique. Les femmes jouant un rôle primordial
sur tous les fronts : éducation, famille, économie et politique sans la reconnaissance qui devrait être
la leur. A l’aube de son entrée au lycée National, Wolé était devenu un enfant aguerri presqu’adulte
ayant côtoyé le mystique, la religion, la politique et possédant un fort potentiel académique.

Par ailleurs, il est également aisé de constater le contraste des conditions de vie entre enfants du
« directeur » et les autres enfants. Les premiers jouissant de statuts de privilégié en communauté
illustrant les inégalités qui semblent toujours avoir existé et qui perdurent au sein des sociétés
africaines. Cette autobiographie de qualité se caractérise entre autres par l’excellente plume de
l’écrivain mais également par la précision de ses souvenirs. Ces expériences détaillées décrivant avec
précision les personnes impliquées et les lieux contraste avec l’âge relativement jeune de l’écrivain au
moment des faits ainsi que sa propension à avoir « l’esprit ailleurs » ou à s’isoler des autres dans les
livres dès son jeune âge.

Sharon YAPI

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